Salim Souhali : « L’Amazighité doit être au cœur de notre projet de société »

mardi 25 octobre 2016 à 12:12
Source de l'article : Lematindz.net

Salim souhali est un artiste aux multiples talents ; musicien, peintre, homme de théâtre, sculpteur, caricaturiste, bédéiste, aucune forme artistique n’a de secret pour lui.

Salim Souhali est également un défenseur acharné de la culture amazighe dans les Aurès, un engagement qui lui a valu de nombreux démêlés avec les services de sécurités.

L’homme de théâtre

Ce fut avec la musique, l’une des premières passions du jeune Salim Souhali, l’aventure a commencé à la fin des années 1970 lorsqu’il forma avec des amis, une petite troupe de théâtre à la maison de culture de Batna.

La rencontre avec l’un des fondateurs du théâtre algérien, le regretté Mekki Chebbah, fut décisive pour le jeune Salim : « Mekki Chebbah est le père du théâtre révolutionnaire algérien, il avait osé défier le colonialisme français et ses relaies par l’art. Sa pièce « Le Pharaon » écrite en 1940 qui dénonçait la voracité du Bachagha Bengana, grand propriétaire terrien et serviteur zélé des Français, a failli lui coûter la vie. « Notre théâtre s’est inscrit dans le sillage de Mekki Chebbah et Kateb Yacine, c’était un théâtre de gauche, populaire, contestataire, qui prend la défense de la classe ouvrière, des démunis et des marginalisés, nous explique-t-il.

Son premier texte est intitulé « Senslat l’malhoufin », elle est inspirée par une troupe de théâtre constantinoise, le GAC (Groupe de l’action culturelle), suivi de « Khelf dour », un texte dont l’identité amazighe est le sujet central, le héros Kherbech qui dort une fois sous le mausolée Imadghassen est visité la nuit par une foule de personnages qui lui racontent la véritable l’Histoire de son peuple. Kherbech découvrit alors ses ancêtres que l’histoire officielle s’obstinait à les lui cacher, ils s’appelaient Massinissa, Jugurtha, Dihya . « À la fin de la représentation, une voiture de police m’a emmené au poste. Depuis ce jour, j’avais pris l’habitude de faire le même trajet à la fin de chaque représentation » nous avoue-t-il avec le sourire.

En 1982, il écrit la pièce « Hna houma hna » à laquelle Kateb Yacine assiste. L’idée est que le gouwel (conteur) s’échappe du musée pour faire découvrir ce lieu magique aux gens et les incite à le visiter, la pièce est une apologie de la culture populaire algérienne, un thème cher à Salim Souhali.

D’autres pièces vont suivre, « Qafila tassir » (une caravane passe) , « Fen ou aâfan » (Art et pourriture), « Malhamet El Awres » (l’épopée de l’Aurès), « Taslith n wenzar » (La fiancée de la Pluie), une pièce où pour la premier pièce la mythologie amazighe est abordée dans le théâtre algérien .

Il écrit également une pièce sur le soulèvement de Belharech dans le Nord-Constantinois, un homme qui a combattu Bonaparte en Egypte lorsqu’il revenait de la Mecque, et qui s’est insurgé ensuite contre le bey de Constantine qu’il tua en 1804. Son premier texte en tachawit est « Ajamadh n tarjayin » (la rive des rêves) .

Salim Souhali a réalisé également la musique de nombreuses pièces de théâtre et de feuilletons télévisés. Aujourd’hui, il est le commissaire du festival du théâtre amazigh qui se déroule chaque année à Batna.

Salim Souhali le musicien

Nous l’avons interrogé ensuite sur la musique et le chant, sa seconde passion ; « comme tout Chaoui j’ai grandi avec les mélodies de la flûte (aqechbudh) dans la tête, pour assouvir ma passion pour la musique j’ai bricolé une guitare avec des files de frein et une boîte de conserve ».

Quelques années après, il décide d’entrer à l’Institut national supérieur de musique à Alger. « J’étais frappé par l’absence du folklore algérien, il y avait deux programmes : la musique classique occidentale (Chopin , Mozart , Vivaldi etc.) et la musique andalouse (malouf, hawzi etc.), mais point de folklore tergui, chaoui, kabyle », nous raconte-t-il. La première chose qu’il a faite lorsqu’il est retourné à Batna a été la création du groupe Thaziri : « Nos débuts ont été vraiment très difficiles, dès qu’on a commencé à chanter en chaoui toutes les portes se sont fermées devant nous. La Maison de culture comme le théâtre nous ont été inaccessibles. Une fois, même la police a débarqué pendant notre absence et a tout pris, guitares, synthétiseur, …etc. », se souvient-il.

Au début des années 1980, Thaziri enregistre sa première bande sonore à Tizi Ouzou. « les groupes Debza et Yougherthen nous ont beaucoup aidé pour les arrangements, nous raconte Salime Souhali, mais la quête pour éditer l’album a été un vrai parcours du combattant. Les gens étaient surpris d’entendre du chaoui avec des instruments modernes. Nous avons fini par retourner en Kabylie chez « Massinissa Edition » pour enfin éditer notre première cassette ».

Pour la distribution de leur premier album, Salim Souhali et ses amis n’ont pu compter que sur eux même. « On transportait nos cassettes dans des couffins qu’on vendait sur les marchés hebdomadaires ». Après avoir montré la voie, Salim Souhali lance plusieurs jeunes chanteurs chaouis à l’image de Katchou, Ranida , Tafsuth, … « Notre ambition était d’avoir un chanteur dans chaque village », se remémore-t-il nostalgique.

Après la fin de l’aventure Thaziri, Salim Souhali n’abandonne pas la musique et se tourne vers la musique d’illustration pour le théâtre et la télévision.

Salim Souhali, peintre et sculpteur

En plus du monde du théâtre et de la musique, Salim Souhali fréquentait un groupe de peintres chaouis très talentueux, composé de Chérif Merzougui, Houara Hocine et Abdelali Boughrara. La première bande dessinée qu’il réalise est intitulée « Les insoumis » en hommage aux insurgés du soulèvement de 1916 dans les Aurès et les fameux bandits d’honneur. S’ensuivit une série sur les rois berbères : Massinissa, Jugurtha, Juba I, et Takfarinas .

Aux débuts des années 1990, Salim Souhali s’oriente vers la caricature au sein du journal Alwres News. A son actif également, plusieurs fresques dans la ville de Batna et ses environs, notamment la statue de Bouthaâlaweth, à Aïn Touta, l’un des héros du soulèvement de 1871 dans le Bellezma.

Salim Souhali, chercheur et auteur

Salim Souhali a retracé la chronologie de la fondation de la ville de Batna dans un livre intitulé « Batna, dhakiret madina » (Batna, mémoire d’une ville), « L’histoire de la ville de Batna et sa formation me tenait à cœur, d’autant que son histoire se confondait avec celle de ma famille, la première mosquée de Batna a été celle de mon grand père Ahmed Ou Lkadhi, malheureusement, je n’ai pas encore trouvé un éditeur malgré toutes mes démarches.
« Mon second ouvrage est une étude sur la musique berbère dans l’Aurès, la Kabylie et la région de Ouargla, il m’a pris presque vingt ans de recherche », nous confie-t-il.

Apologie de la culture populaire

Pour terminer notre entretien, nous avons voulu savoir l’avis de Salim Souhali sur la situation de tamazight après son officialisation. »Cette officialisation ne suffit pas, si elle n’est pas suivie de mesures concrètes, cette dimension essentielle de notre identité doit figurer dans les manuels scolaires, dans les médias, sur les scènes des théâtre, dans les salles de cinéma, l’Amazighité doit être au cœur de notre projet de société », conseille-t-il en conclusion.

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