Les algériens partagés face aux crimes et aux vols: Entre la justice et se faire justice

mardi 8 novembre 2016 à 16:08
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Le tribunal de Sidi-Bel-Abbès a vécu des moments particuliers en ce début de semaine où l’auteur d’un kidnapping d’enfant a été condamné à la peine capitale dans une salle en émoi devant la mère qui réclamait la mort de celui qui avait enlevé et assassiné son fils de huit ans.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – La cour qui siégeait à ce moment-là a-t-elle cédé à l’exigence de cette mère bouleversée par le drame dont a été victime son enfant ? Enlevé quelques jours plus tôt, la dépouille du malheureux a été retrouvée il y a peu de temps et l’enquête a révélé les sévices dont il avait fait l’objet avant d’être froidement assassiné. Son nom vient s’ajouter à la longue liste des enfants kidnappés et tués après avoir subi des tortures multiples.

La demande de l’application de la peine de mort exprimée par cette mère au tribunal de Sidi-Bel-Abbès n’est pas isolée. Il s’agit, en fait, d’une revendication populaire, et elle s’est exprimée de manière très claire au cours de cet été lorsque des centaines de personnes sont venues manifester leur solidarité devant le domicile de la petite Nihal, quatre ans, enlevée et retrouvée morte dans une zone de Kabylie où elle se trouvait en vacances avec ses parents.
Pancartes en main, ces centaines de personnes, qui avaient également assisté aux obsèques de la malheureuse, avaient exigé bien plus : le retour de l’application de la peine capitale suspendue sur décision politique tout au long de ces vingt dernières années.

Une pression populaire très forte s’exerce depuis pour le retour des exécutions, seule manière, estiment les Algériens, d’endiguer le phénomène du kidnapping d’enfants contre lequel les mesures sécuritaires et décisions politiques n’ont rien pu faire jusqu’à présent.

Pour tenter de faire face au problème grandissant de rapt de mineurs, le gouvernement avait mis en place un plan spécial basé sur un déclenchement immédiat des recherches après le signalement d’une disparition d’enfant.
La population ne s’en est pas suffi, réclamant des mesures radicales à la mesure de ces drames auxquels sont confrontées les familles des victimes. Le manque de confiance en ces instruments d’Etat censés assurer la justice se fait d’ailleurs de plus en plus ressentir.

Les évènements qui se sont déroulés récemment dans un marché d’Akbou le prouvent d’ailleurs largement. Le week-end dernier, une foule en furie a poursuivi et lynché un voleur qui tentait de dérober à un vieil homme la somme qu’il venait d’acquérir après la vente d’une vache, à en croire les témoignages d’habitants de la région. La colère est partie sans prévenir.

Des dizaines de personnes, alertées par les cris de la victime, ont couru derrière le voleur et réussi à l’arrêter et l’immobiliser. La logique aurait voulu que ce dernier soit remis aux forces de l’ordre lesquelles le défèrent ensuite devant la justice pour flagrant délit de vol. Mais la réaction de la population d’Akbou a été tout autre.
Le mis en cause a été complètement dévêtu et suspendu par les pieds sous les regards d’une foule furieuse qui voulait ainsi donner l’exemple à tous ceux qui oseraient une nouvelle fois rôder dans les parages. Une vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux montre des policiers debout devant ce même mur où balance le corps de ce voleur pendu à l’envers sans vêtements. Les éléments des forces de l’ordre faisaient face à cette foule sans broncher.
La colère était visible sur tous les visages. Ce voleur était connu dans la région pour les forfaits commis auprès des femmes qu’il délestait de leurs bijoux. Sans doute las d’avoir attendu trop longtemps qu’il soit mis fin à sa cavale de manière légale, les habitants d’Akbou ont décidé de se faire justice eux-mêmes.

Leur réaction a, comme on s’en doute, suscité de très nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, espace d’expression libre et privilégié des Algériens. A de très rares exceptions, la vindicte populaire exprimée contre ce voleur a été accueillie favorablement. Sans doute gêné par une telle situation, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué pour annoncer l’ouverture d’une enquête sur l’origine de la «non-intervention» de la police et les responsables du lynchage.

Le texte annonce, en outre, que «le voleur sera remis à l’évidence à la justice» pour mettre fin aux commentaires qui vont bon train sur le laisser-aller et le manque de confiance qui aboutit à des scènes comme celle d’Akbou et le risque que ces évènements ne se reproduisent ailleurs, ouvrant ainsi la voie à une situation ingérable. Mais les mots suffiront-ils à redonner confiance aux Algériens ?

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