La Paix Sociale De Plus En Plus Fragilisée: La contestation s’amplifie dans le pays

mercredi 2 novembre 2016 à 20:36
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Les premières retombées de la crise financière dans laquelle plonge le pays commencent à se faire ressentir un peu partout en Algérie, dévoilant en même temps les limites atteintes par un pouvoir désormais dans l’incapacité «d’acheter» la paix sociale comme il l’a toujours fait.

Les évènements qui se déroulent depuis vendredi dernier à Biskra ne sont pas anodins. Effrayés par le montant des factures d’électricité, des citoyens, en nombre important, sont spontanément sortis dans les rues pour crier leur colère et leur désarroi face à leur incapacité de régler la somme exigée d’eux.
Des routes ont été bloquées, des pneus enflammés… Scènes d’émeutes signalées un peu partout dans le Sud et le Grand Sud depuis quelques jours suite aux nouvelles tarifications des factures d’électricité. La population de ces zones connues pour les grosses chaleurs qui la caractérisent (une moyenne de 48 degrés à l’ombre s’étalant du mois de mai à la fin octobre), nécessitant par conséquent une forte consommation d’énergie (climatisation), n’a pas attendu longtemps pour réagir.
Cette surfacturation combinée à un quotidien marqué par la cherté de la vie est perçue comme la goutte d’eau qui a fait déborder le vase au sein d’une population pourtant réputée pour son calme, voire sa passivité et son détachement face aux évènements politiques. Le mouvement enclenché semble aussi parti pour un moment et promet même de se structurer puisque ces actions de protestation ont été suivies de la mise en place d’un comité populaire chargé de suivre les démarches gouvernementales en la matière.
Naturellement, ces contestations s’inscrivent directement dans le cadre de cette longue chaîne de protestations qui secoue le pays depuis quelques semaines. Des protestations plus structurées, plus organisées qui se traduisent par des grèves épisodiques, aussi menaçantes que déstabilisatrices dans les secteurs de l’éducation et de la santé car révélatrices d’un malaise qui ne couve plus mais qui semble parti pour s’inscrire dans le temps en raison de la difficulté à endiguer ses origines. Les issues semblent, pour le moins que l’on puisse dire, obstruées.
Longtemps confiné dans une politique de «colmatage» principalement axée sur cette fameuse méthode consistant à «acheter la paix sociale», le pouvoir se retrouve dans une situation très délicate et des marges de manœuvre non seulement limitées mais plus compromettantes les unes que les autres. Il semble déjà mis au pied du mur. L’image est terrifiante : la crise financière est forte et exige des mesures drastiques, mais le scénario tant redouté se met en place, la population se soulève alors que les caisses sont vides, ne permettant aucune action d’apaisement. On le perçoit d’ailleurs à travers la réaction du Premier ministre. Pour tenter de calmer la situation qui prévaut dans le Sud, Sellal a ordonné la mise sur pied d’une commission chargée d’étudier les propositions pouvant alléger les factures d’électricité.
L’annonce a été faite par le ministre de l’Energie lors d’une plénière au Sénat alors que la Sonelgaz évoquait au même moment une surconsommation d’énergie dans les zones concernées. Mais le comité citoyen de suivi des décisions gouvernementales a fait savoir que les mesures tardaient à venir et avant même que les premières propositions ne tombent voilà que la situation s’embrase à Biskra. Là, les autorités locales ont promis des facilités de paiement, mais la décision a été rejetée par la population qui conteste le montant des factures reçues.
Les appels au calme et à la compréhension n’ont rien donné et la stratégie mise en place pour éviter les débordements s’amenuise. On le constate là aussi dans la gestion qui est faite pour d’autres dossiers chauds générateurs de tensions tels que celui relatif au projet sur la retraite anticipée.
La colère enregistrée après la divulgation de ce projet semble d’ailleurs avoir poussé les autorités à donner des consignes pour retarder un maximum l’examen de cette loi au niveau de l’APN. Sans doute pour éviter d’accentuer la colère des syndicats qui en sont à leur deuxième semaine de grève.
Mais retarder jusqu’à quand, là aussi ? Attendre sans doute «en misant sur l’essoufflement de la contestation au Sud et ailleurs, mais le pari est fou», commentent des députés qui confirment la consigne de report de l’examen du projet de loi.
Pari fou car en face, les projets qui fâchent se multiplient, malheureusement, et le pays se retrouve face à une réalité éprouvante en dépit des promesses de mettre en place une stratégie permettant de poursuivre la politique de subventions. Sera-t-elle pour autant possible pour l’année 2017 ? Et dans le meilleur des cas, dans quelle mesure pourra-t-elle s’établir, se mener, sachant qu’elle repose sur des mécanismes propres aux pays «sains». Et cela les Algériens l’ont compris.

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