Des enfants livrés à eux-mêmes dans les rues d’Alger

lundi 10 octobre 2016 à 14:01
Source de l'article : Horizons-dz.com

Qu’est-ce qui pousse certains enfants à errer dans les rues ? Sont-ils scolarisés ? Que font leurs parents ? Ce sont là autant de questions qui traversent l’esprit lorsqu’on les aperçoit marcher dans la rue, squatter les boulevards tard dans
la nuit.

Aujourd’hui à Alger, beaucoup d’enfants investissent les espaces publics. Il y a ceux qui travaillent et ceux qui font la manche. Certains rentrent chez eux en fin de journée alors que d’autres fuient le domicile familial. Chassés de chez eux, en fuite, fugues, pauvreté, violences domestiques, mort de l’un des parents, promiscuité, déperdition scolaire, sont autant de causes qui les poussent à se retrouver dans la rue. Ils survivent en fouillant dans les poubelles, en volant ou en offrant quelques services en contrepartie de quelques pièces de monnaie.

Beaucoup d’enfants exercent une activité laborieuse. C’est ainsi qu’ils survivent et subsistent à leurs besoins vitaux. Et peut-être à ceux de leurs familles. Ils sont vendeurs informels, porteurs devant les grandes surfaces, livreurs ou coursiers pour des particuliers, gardiens ou laveurs de voitures.

En effet, une activité fait actuellement sa réapparition. Frottoir, serviette et un spray à la main, ils nettoient les pare-brise des véhicules à l’arrêt devant les feux rouges. Ils ne demandent l’avis de personne. Ils accomplissent leur tâche et attendent une petite monnaie.

Comme c’est le cas au niveau de la station-service de Labridja, à la sortie de la commune de Staouéli. Là, des garçons âgés de 8 à 11 ans guettent les automobilistes pour offrir leurs services. Rafik a 10 ans. Menu, ce petit brun guette le moindre automobiliste pour lui nettoyer les vitres du véhicule. Avec des mains habiles qui devraient tenir un stylo. Rafik fait les deux. La journée, il est à l’école et à la fin des cours, il investit les stations-service. Il réside dans une habitation précaire au quartier Ballota, à Staouéli. D’où il vient ? Comment il a atterri là ? « Mon père est invalide et perçoit une pension médiocre », répond-il. « Je dois gagner des sous pour subvenir aux besoins de ma petite famille », précise le petit garçon. Il a deux autres sœurs en bas âge, scolarisées aussi. Il est très choyé par les habitués qui lui offrent des vêtements et des fournitures scolaires, en plus d’un billet occasionnellement. Même cas de figure au niveau de la Grande-Poste à Alger où des gamins proposent des paquets de mouchoirs en papier à la vente. A Bab El Oued aussi. Profitant de la circulation automobile au niveau de la place Ferhani, des garçons surgissent de nulle part pour vendre des parfums auto.

Il est 23h30 à Didouche-Mourad 

Un adolescent se trouve près de la station-service. Vêtu de haillons, il tremble. Il dort dans une cage d’escalier de l’un des immeubles du quartier. La voix rouillée, il se confit : « Les choses ont pris une tournure dramatique lorsque ma mère est morte. » « Ma belle-mère ne tolère pas ma présence à la maison et me maltraite », dit-il sur un ton de désespoir. Placé dans un centre de rééducation, il a pris la fuite. « Je préfère rester dans la rue que de subir les affres d’une marâtre », dit-il. A 14 ans, ce garçon a perdu ses repères. Des cas similaires sont très courants à Alger. Chaque enfant est un cas, chacun a son histoire.

7.000 enfants errent dans les rues d’Alger

Selon Abderrahmane Arrar, président du Réseau Nada pour la promotion et la protection des droits de l’enfant en Algérie, l’association enregistre chaque année un total de 6.000 à 7.000 enfants qui errent dans les rues exposés à tous les dangers. Il fait savoir que ces enfants investissent non seulement la rue mais aussi les mosquées, les stations-service, les gares et les lieux publics pour mendier. « Ils sont exploités dans la mendicité ou dans le travail au noir », dit-il. « Ils sont violentés, marginalisés et dans plusieurs cas sexuellement abusés », ajoute-t-il. Le divorce, la démission des parents, la situation précaire des parents, sont autant de causes avancées par le même responsable. Raison pour laquelle, le réseau Nada a, à plusieurs reprises, tiré la sonnette d’alarme. Arrar a rappelé que le réseau Nada a engagé plusieurs actions de protection, de promotion et de plaidoyer inscrits dans le cadre de la Convention internationale des droits de l’enfant. Cela s’est traduit, dit-il, par la mise en place d’un espace d’expression et de rencontre pour les enfants, la mise en action du dispositif de lutte contre toutes les formes de violence et de maltraitance, en associant l’appareil juridique à la prise de décisions urgentes en faveur de l’enfant, la sensibilisation des parents notamment l’élaboration d’une politique de formation en matière de protection de l’enfant, en direction des collaborateurs de l’action sociale. La nouveauté, notera Arrar, est la création prochaine d’un foyer d’accueil pour la protection des enfants victimes de maltraitance et ceux en danger moral ou physique. Il s’agit en fait d’un projet propre au réseau Nada pour la protection des enfants. La structure sera édifiée à Bouchaoui. « Le lancement des travaux de réalisation est prévu pour fin 2016 », annonce-t-il. « Les procédures administratives sont en cours de finalisation », note le même responsable. Le but étant, poursuit-il, de mettre l’enfant errant ou violenté à l’abri. « Les enfants seront pris en charge psychologiquement en vue de les placer dans des foyers et les insérer ensuite dans le système de formation », explique-t-il. « Le foyer reste une solution alternative », dit-il. « L’Etat à travers les services sociaux, la solidarité nationale, notamment la justice a la plus grande responsabilité en termes de protection et de prise en charge des enfants en danger », soutient notre interlocuteur.

11.000 enfants utilisés dans la mendicité, selon la Forem

Pour Mustefa Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), l’enfant algérien a droit aux meilleurs textes sur le plan législatif. Selon lui, l’amendement du code pénal et le durcissement des peines contre l’utilisation des enfants dans la mendicité, notamment la loi du 15 juillet 2015 relative à la protection de l’enfant, contribuent au renforcement du dispositif de prise en charge et de protection de la population juvénile. Aussi, les chiffres avancés par le professeur Khiati font état d’un total de 17.000 enfants âgés de 13 à 18 ans, présentés annuellement devant la justice pour divers délits, alors que 11.000 enfants sont utilisés dans la mendicité. « Il est impératif d’identifier leurs familles et savoir comment ces enfants se sont retrouvés dans la rue », recommande notre interlocuteur. Il a souligné, dans ce contexte, que son centre de soins psychologiques de Bentalha vient en aide aux enfants en difficulté scolaire, notamment aux couples grâce à une équipe pluridisciplinaire composée essentiellement de psychologues et d’éducateurs. Malgré tous les dispositifs mis en place pour leur assurer un meilleur cadre de vie, quelques enfants continuent à investir la rue. Ils sniffent de la colle et consomment de la drogue. L’hiver arrive, ils ne sont pas à l’abri des dangers. Intempéries, privations, maladies, accidents, indifférence, voilà ce qui les attend.

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