Benhabylès au Soir d’Algérie : «L’Algérie abrite des réfugiés de 14 nationalités différentes»

mardi 8 août 2017 à 11:50
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Alger procède actuellement au rapatriement des migrants subsahariens présents en masse sur le territoire national. De par sa vocation, le Croissant-Rouge algérien prend tout naturellement part à une opération bien délicate dont nous fait part ici la présidente de cet organisme. L’entretien porte également sur les réfugiés syriens également présents en grand nombre à travers le pays.
1er août 2017. Les autorités algériennes décident de passer du discours à l’acte en rapatriant les migrants dispersés un peu partout à travers le pays.

Benhabylès nous apprend, ainsi, que 500 personnes ont quitté ce jour même la capitale et ses environs. Trois jours plus tard, le 4 août, 400 autres personnes en situation irrégulière ont été, à leur tour, invitées à prendre place dans les transports aménagés en vue de leur retour vers leur lieu d’origine. En une semaine, 900 migrants ont repris le chemin des territoires abandonnés il y a plusieurs semaines. «Ces opérations, rappelle Benhabylès, se sont effectuées après un recensement. Elles concernent uniquement les personnes de nationalité nigérienne. Dans cette démarche, il faut dire que nous avons été aidés de manière qualitative par des étudiants issus de ce pays. Leur contribution s’est faite de différentes manières, pour la traduction par exemple, mais aussi dans le cadre de l’accompagnement de certains malades nécessitant une présence particulière durant le voyage. Ils l’ont fait pour des femmes ayant subi des opérations chirurgicales transférées par avion vers leur lieu d’origine.»

La présidente du Croissant-Rouge algérien (CRA) tient, d’autre part, à faire savoir que les migrants ont «été rapatriés suite à une visite médicale destinée à établir l’état de santé des concernés et leur capacité à supporter un long voyage». «Sept femmes, dont deux enceintes, et dix enfants parmi lesquels un nourrisson et des malades ont été empêchés de partir car il avait été établi, sur avis médical, qu’ils ne supporteraient pas le voyage. Les autres ont été transportés à bord de bus dotés de toutes les commodités nécessaires. Un autre car transportant des vivres et tout le nécessaire de secours les accompagnait.»

Le voyage s’effectue en plusieurs étapes. «La première halte se fait à Djelfa, la seconde à Laghouat, puis ils s’arrêtent à Hassi-el-Fhel, à Ghardaïa, ils y passent des nuits, se reposent, puis reprennent la route vers In-Salah où ils font un nouvel arrêt avant de se rendre à Tamanrasset. Là, ils descendent dans des chalets également dotés de toutes les commodités. A l’intérieur, des représentants de l’administration nigérienne sont présents aidés par des étudiants de leur pays pour effectuer toutes les démarches nécessaires.

Comprenez, à cette étape, ces migrants s’apprêtent à sortir du pays de manière officielle alors qu’ils se sont introduits illégalement. Il faut donc régler cela de manière administrative. Lorsque tout est prêt, nous les accompagnons vers Agades, où ils sont remis aux autorités compétentes en présence des organismes humanitaires compétents. Durant les précédentes opérations, le CRA offrait à chaque personne 71 kg de denrées alimentaires comportant tout le nécessaire. Cette fois-ci, nous n’avons malheureusement pas pu le faire faute de moyens.»

Benhabylès poursuit : «A mon avis, il est très important d’expliquer à l’opinion que ces opérations de rapatriement se déroulent avant tout à la demande des autorités nigériennes. En novembre 2014, le gouvernement de ce pays avait sollicité l’aide des autorités algériennes pour que leur soient remis les citoyens entrés illégalement sur le territoire algérien. Le ministre nigérien de l’Intérieur s’est ensuite déplacé à Alger, il a rencontré son homologue algérien et s’est exprimé sur le sujet au cours d’une conférence de presse. La teneur était identique au communiqué publié peu de temps auparavant par son gouvernement. Il expliquait que les autorités nigériennes avaient découvert des réseaux criminels qui exploitaient notamment les enfants et les femmes dans la mendicité et la prostitution. L’Algérie a d’ailleurs recensé 6 000 enfants mineurs non accompagnés et 3 000 femmes seules exploitées dans le cadre de la prostitution.»

Cette nouvelle opération de rapatriement permettra-t-elle de régler le problème de l’immigration clandestine ? «Je ne pense pas. Le CRA a d’ailleurs entrepris depuis un certain moment une large campagne de sensibilisation des organismes étrangers dans l’objectif de parvenir à stabiliser toutes ces personnes chez elles. Avec la Suisse, nous avons d’ailleurs mené une opération dans les milieux des migrants. On leur a posé la question de savoir s’ils allaient rester chez eux dans le cas où un travail leur était fourni. Tous ont répondu positivement. Dans ce cadre, une démarche intéressante a été entamée avec ce pays. Les Suisses ont déboursé 500 000 francs pour la mise en place d’un micro-projet destiné spécialement aux Nigériens rapatriés à partir de l’Algérie. Mais nous avons besoin que d’autres pays suivent et font pareil. Il est temps que les résolutions prises à Malte puis à Istanbul dans le cadre de sommets sur le développement de ces régions soient mises en application.»

L’opération de rapatriement se poursuivra-t-elle ? «Tout à fait, nous avons décidé de les espacer en raison des grosses chaleurs qui sévissent. Mais elles reprendront prochainement (…) Elles ne concernent que les Nigériens avec les Maliens, la situation est tout autre, nous n’avons eu aucun problème, les déplacements des migrants se sont effectués sur la base de problèmes strictement humanitaires.»

La présidente du CRA nous apprend, par ailleurs, que l’Algérie abrite près de 14 nationalités différentes. Parmi eux, les Syriens. «Avec ces derniers, l’Algérie n’a aucun problème. Officiellement, ils sont près de 40 000, mais ils ne se présentent pas, beaucoup sont dans le commerce, pas tous, ce qui laisse supposer que leur nombre est supérieur. Ils se sont parfaitement intégrés chez nous, les liens historiques et culturels leur ont permis de s’adapter très rapidement. Comme vous le savez, nous disposons d’un centre qui les accueille à Sidi-Fredj, tous leurs enfants sont scolarisés, pris en charge sur le plan matériel. Nous avons enregistré des réussites au bac, au brevet, il y en a même qui suivent des cursus dans l’enseignement supérieur… Pour la scolarisation, il suffit d’une déclaration sur l’honneur. Je tiens enfin à préciser que la scolarisation est possible y compris pour les Subsahariens. Ils sont majoritaires dans notre pays.»

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