Immigration clandestine: Les dessous de la «sadaka connection»

mardi 4 octobre 2016 à 11:40
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Coup de pied dans la fourmilière de l’immigration clandestine subsaharienne ? Si le Croissant-Rouge algérien de Mme Benhabyles est tout simplement dépassé par les événements au vu de l’ampleur du flux migratoire des populations subsahariennes dans notre pays, la porte d’entrée étant nos frontières sud, les autorités algériennes à Tamanrasset sont en permanence sur des charbons ardents.

Certes, un centre de transit a été ouvert au profit des migrants sans moyens de survie et à la santé précaire, des reconductions aux frontières ont été entreprises notamment en réponse à la demande du gouvernement nigérien quant au rapatriement de ses compatriotes, certes aussi, au plan de la communication, la radio locale émet dans des langues pratiquées par les migrants, entre autres le bambara, mais cela n’a pas enrayé pour autant un phénomène qui, loin de s’estomper, au contraire, prend chaque jour de nouvelles proportions avec la sécheresse et les guerres dans les pays du Sahel.

Bien sûr que pour certains de ceux qui fuient ces conflits meurtriers, l’Algérie est une terre d’accueil, voire de transit vers l’Europe.

Pas seulement, c’est devenu aussi un terrain fertile pour le trafic d’êtres humains et ses promoteurs rivalisent en ingéniosité, réduisant souvent à néant tous les efforts pour en finir avec l’immigration clandestine, sinon la juguler.
Les chiffres avancés, jeudi dernier, par le ministre de l’Intérieur, démontrent, si besoin est, les dimensions prises par ce phénomène depuis ces derniers années. Pas moins de huit nationalités africaines sont concernées, jusqu’au lointain Cameroun, voire le Nigeria. Au-delà du caractère humain sensible de la présence des immigrés clandestins, ce grave problème est devenu une affaire d’Etat désormais prise au sérieux.

C’est pourquoi on y voit, là aussi, un sujet d’exploitation de la misère humaine par des réseaux criminels déterminés à faire fortune dans ce trafic d’êtres humains. Il ne s’agit plus seulement d’un exode spontané de populations fuyant la faim, la guerre… Phénomène brusque par les milliers de personnes qu’il charrie et la difficulté de lui trouver des solutions idoines, il s’agit aujourd’hui de s’interroger sur l’origine de ce phénomène ou tout au moins en partie. Ainsi, selon nos sources, un véritable réseau de trafics d’êtres humains s’est constitué et qui est parvenu à mettre en place une organisation souterraine à la faveur de l’anonymat des immigrés clandestins. Il y a d’abord la responsabilité ou complicité des populations des pays émetteurs (cas du Niger).

En effet, les candidats à la mendicité (sadaka) sont pris en main par l’organisation mafieuse dans une grande ville du Sud pour être acheminés vers le Nord par tous types de transport et parfois même le trajet est effectué à pied sur des dizaines de kilomètres malgré la faim, la soif.

Ils sont recueillis par un Nigérien déjà installé et qui s’est tissé des accointances dans la ville, pour être logés dans des baraquements précaires.

C’est ce que nous a révélé notre source qui précise que les lieux de prédilection de ce trafic sont les grands centres urbains où les gains de mendicité sont les plus élevés.

Rien n’est laissé au hasard puisque ces mendiants professionnels sont répartis dans des sites à grande affluence (routes, lieux de passage très fréquentés dans la ville). Il se trouve, nous dit-on, que certaines familles nigériennes se prêtent à ce trafic moyennant un pourcentage sur ce type de commerce en livrant leurs enfants.

Le gros du pactole ramassé revient évidemment aux chefs de ce réseau criminel qui agissent avec des complices algériens. L’argent (de coquettes sommes) est mis sur un compte postal d’Algériens qui est, par la suite, retiré en toute légalité dans une poste d’une ville frontalière comme In Guezzam, pour être échangé contre des francs CFA et cet argent est, par la suite, exporté clandestinement. Récemment, nous indique-t-on, six personnes, dont deux Algériens, ont ainsi été prises en flagrant délit de trafic d’êtres humains et placées en détention. Les victimes : 32 personnes, des femmes et des enfants âgés de moins de 10 ans (50 %) dont les parents — fait nouveau — restent au Niger.

Un certain nombre des victimes de trafic d’êtres humains sont placées dans un centre pour réfugiés, mais au vu des dommages psychologiques qu’ils ont subis, ils nécessiteraient une prise en charge beaucoup plus indiquée dans une structure spécialisée, ce qui reste à mettre en place d’urgence afin d’éviter les récidives et peut-être une réintégration réussie dans leur pays d’origine. En attendant, nous continuerons à croiser ces âmes en peine et à entendre leur litanie : «Sadaka, sadaka.»

Ce coup de pied dans la fourmilière des réseaux criminels nigériens aura le mérite d’éventer son ampleur sous le couvert de l’immigration fuyant la misère. Gageons, aussi, que ce trafic n’épargne pas les autres nationalités. Affaire à suivre.

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