LunarGlide+ 6 Nike
Lundi 9 mai à 22:20
DNA-algerie
Ben Bella : «Bouteflika le célibataire, Ait Ahmed plus kabyle qu’algérien, Boudiaf zéro militaire»

Ben Bella : «Bouteflika le célibataire, Ait Ahmed plus kabyle qu’algérien, Boudiaf zéro militaire»

Guerre d’indépendance, 1er novembre 1954, célibat de Bouteflika, Boudiaf, Abane, Ait Ahmed, révolution arabe…L’ex président algérien, Ahmed Ben Bella, 94 ans, s’est longuement confessé à l’envoyé spécial de l’hebdomadaire Jeune Afrique, Renaud de Rochebrune, dans sa villa sur les hauteurs d’Alger. Dans son édition du 8 au 14 mai 2011, l’hebdomadaire publie les confessions du premier président algérien Ahmed Ben Bella recueillis dans le cadre de la préparation d’un ouvrage sur la guerre d’indépendance. Florilèges.

Il faut croire que dans cet article de Jeune Afrique intitulé « Une soirée avec Ben Bella», l’ancien président ne manie pas la langue de bois. Pour la précision, ces confessions n’ont pas été recueillies sous la forme d’un entretien questions-réponses, mais plutôt sous la forme d’une interview informelle.

Révolution arabe

L’ex-président qui a été renversé le 19 juin 1965 par un coup d’Etat militaire fomenté par Houari Boumediene juge que le monde arabe est une région « en ébullition » et estime « naturel » que les peuples s’agitent pour « dépoussiérer » les régimes en place.

Pour autant, Ben Bella récuse le terme révolution pour qualifier les événements dans le monde arabe, particulièrement en ce qui concerne la Tunisie et l’Egypte.

Tunisiens et Marocains

Visiblement, l’ex-président nourrit peu d’estime à l’égard des voisins tunisiens pas plus qu’il ne porte dans son coeur Habib Bourguiba, premier président de Tunisie, renversé en novembre 1987 par le général Ben Ali.

Des Marocains, en revanche, Ben Bella dit qu’ « eux sont des vrais combattants » et « pas de poules mouillées ». L’allusion aux Tunisiens est très claire. Les Tunisiens apprécieront.

Le régime algérien

Ben Bella dit ne pas souhaiter que le régime algérien soit ébranlé à l’instar de ce qui s’est passé ailleurs dans le monde arabe. En Tunisie, en Egypte, au Yémen ou en Libye. « Je le voudrais pas », confesse-t-il.

Au journaliste de Jeune Afrique, il dit qu’un scénario de rupture n’apporterait rien de bon à l’Algérie. « Nous avons quelqu’un qui est là, je préfère que cela reste comme ça ». Ce quelqu’un est évidemment le président Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.

Tout de même, Ben Bella n’accorde pas à un blanc-seing Bouteflika, celui là même qui avait activement participé à son renversement en juin 1965. « Il y a des moins et des plus chez lui, pour l’instant, c’est le moins mauvais, et je m’en contente. »

Selon Ben Bella, l’Algérie est « pays pas facile » et « diriger les Algériens, c’est vraiment pas facile ».

Bouteflika célibataire endurci

Si Ben Bella considère Abdelaziz Bouteflika « comme un petit frère » et souhaite « qu’il ne lui arrive rien de mal », il ne manque pas au passage de lui reprocher son célibat endurci. Ben Bella regrette, en parlant de Bouteflika, qu’ « homme de son âge ne soit pas encore marié », mais précise qu’ « il n’est jamais trop tard pour bien faire ».

Abdelaziz Bouteflika, 74 ans, jamais marié ? Ce n’est pas tout à fait vrai. A la vérité, le président algérien s’est déjà marié secrètement, mais ce sujet reste le tabou des tabous.

Abdelaziz Bouteflika s’est marié en août 1990 avec Amel Triki, fille d’un diplomate algérien, en poste pendant de longues années au Caire. La cérémonie s’est déroulée un vendredi, dans un appartement situé sur les hauteurs d’Alger. La mère de Bouteflika y était présente ainsi que des membres de la famille de l’épouse. Mais celle-ci y était absente.

Toutefois, cet épisode de la vie du chef de l’Etat algérien est rarement évoqué publiquement. Sauf une seule fois, en février 2000, lors d’un entretien accordé à une journaliste libanaise.

Interrogé pour savoir s’il était marié ou non, Bouteflika avait répondu sèchement : « Je ne suis pas marié ! » Depuis cet entretien, le mariage secret de Bouteflika n’a jamais été évoqué publiquement. Le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, a relaté ce mariage dans son livre paru en février 2004, « Bouteflika, une imposture algérienne ».

La marocanité d’Ahmed Ben Bella

Ahmed Ben Bella n’a jamais gardé secret sur ses origines marocaines. A plusieurs reprises, il avait affirmé sa nationalité marocaine. Au journaliste de Jeune Afrique, il ne dit pas moins lorsqu’il évoque la construction du Maghreb et la réouverture des frontières entre l’Algérie et le Maroc.

« Il faut faire le Maghreb, clame-t-il. Les frontières doivent être ouvertes. Et c’est tout à fait possible. Comment pourrais-je penser autrement alors, que même si je suis né en Algérie, même si j’y ai vécu, même si j’ai été le chef de la révolution algérienne, ma mère et mon père étaient tous deux marocains. »

Né à Maghnia en 1916, Ahmed Ben Bella a été naturalisé algérien après l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962.

L’Organisation spéciale (OS)

Créée en 1947 par le PPA-MTLD de Messali Hadj, cette organisation secrète s’est illustrée en avril 1949 par l’attaque de la poste d’Oran. Deux personnes se sont illustrées par ce coup d’éclat : Ahmed Ben Bella et Hocine Ait Ahmed, fondateur du FFS (Front des forces socialistes).

Qui des deux était le véritable instigateur de ce coup d’éclat ? Pour les historiens, l’attaque de la Poste d’Oran a été organisée par Hocine Ait Ahmed, chef de l’OS. Hocine Ait Ahmed l’a d’ailleurs rappelé dans son livre « Mémoires d’un combattant ».

Dans ses confessions faites à Jeune Afrique, Ahmed Ben Bella réécrit l’histoire à sa manière. Il confesse que « même si [il] respecte Ait Ahmed » qui a été souvent « beaucoup plus kabyle qu’algérien », c’est bel et bien lui, Ahmed Ben Bella qui a été le véritable organisateur de l’attaque de la Poste d’Oran. « Jusqu’au moindre détail, c’était moi », dit-il.

L’insurrection du 1er novembre 1954

Autre confession intime de Ben Bella : le déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954. « Le 1er novembre, c’est moi », clame-t-il au journaliste de Jeune Afrique. Si Ahmed Ben Bella faisait partie des neuf chefs historiques qui ont créé le FLN, il ne revendique pas moins un rôle prépondérant au sein de cette organisation qui a déclenché l’insurrection.

Abane Ramdane

Plusieurs décennies après la guerre d’Algérie, Ahmed Ben Bella nourrit encore de l’animosité à l’égard d’Abane Ramdane, héros de la révolution algérienne, principal artisan du congrès de la Soummam tenu en août 1956.

Pour Ben Bella, Abane l’avait empêché d’assister à ce fameux congrès au cours duquel a été bâti la doctrine de la guerre de libération. Si Ben Bella nourrit encore des reproches à Abane, il ne désapprouve pas moins son assassinat au Maroc en décembre 1957 par ses amis du FLN.

Mohamed Boudiaf

S’il ne s’étale pas, dans l’entretien accordé à JA, sur la personnalité de Mohamed Boudiaf, un des dirigeants du FLN, assassiné en juin 1992 six mois avoir été rappelé en janvier 1992 par l’armée pour assurer la présidence de l’Etat, Ahmed Ben Bella dit que Boudiaf était un véritable combattant, mais « zéro sur le plan militaire ».

Là encore, l’ex-président algérien ne manque pas de décocher une flèche en direction de Mohamed Boudiaf, celui-là qu’il a banni avant de le condamner à la peine de mort.

Arrêté le 23 juin 1963 pour s’être opposé à Ben Bella, Mohamed Boudiaf avait été interné dans une prison du sud algérien sur ordre du président Ahmed Ben Bella avant d’être condamné à mort en 1964.

Voila donc quelques confessions qui ne devront pas valoir quelques sympathies supplémentaires à l’ancien président algérien, Ahmed Ben Bella.

articles similaires Algérie360
articles similaires Algérie360

Abonnez-vous à Algérie360 par email

Algerie360 - Rejoignez nous sur Facebook