Algérie : Djamila Bouhired répond à Barack Obama

lundi 8 juin 2009 à 9:56
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djamila-bouhired.jpgMonsieur le Président,
Le Comité populaire algérien de soutien à la Palestine et à sa résistance a suivi avec attention le discours que vous avez prononcé le 4 juin à l’université du Caire. Vous y avez abordé différentes questions sans pourtant aller jusqu’au fond des choses et sans vision d’ensemble prenant en compte toutes leurs dimensions.

Cependant, ce discours revêt une importance particulière s’il est un début dans la voie de la révision par les États-Unis d’Amérique de leur politique en direction du monde islamique et de ses questions principales. Nous voudrions, dans cette lettre, rappeler certains faits qui peuvent aider à atteindre ce but.

Premièrement, le monde islamique, auquel vous vous êtes adressé dans ce discours du 4 juin, représente certes une région vitale pour les intérêts américains. Les peuples de cette région le savent et le comprennent.

Cependant, les États-Unis d’Amérique veulent préserver ces intérêts en les défendant au lieu d’une négociation honnête à leur sujet. La politique des États-Unis de défense de leurs intérêts est ainsi basée sur l’utilisation de tous les moyens, dont la force militaire et l’occupation.

Ceci explique l’intense présence militaire américaine dans de nombreux pays de la région.Nous pensons qu’une telle politique est vouée à l’échec, quels que soient les changements de chefs militaires chargés de son application.

Il n’existe pas de chef militaire américain qui puisse faire de cette politique une mission couronnée de succès.

La voie suivie par les États-Unis pour défendre leurs intérêts est le nœud gordien des relations de l’Amérique avec le monde arabe et islamique. Le respect que vous avez exprimé plus d’une fois à l’égard de l’Islam et du monde musulman est, sans aucun doute, sincère, mais il perd beaucoup de son sens dès qu’il se heurte à cette réalité.

Deuxièmement, la violence, ou « le terrorisme » dans laquelle l’Amérique range jusqu’à la résistance légitime à l’occupation s’alimente essentiellement à deux sources :
– la politique américaine, et occidentale de façon générale, à l’égard des causes arabes et musulmanes

– la défection des gouvernements nationaux dont les peuples attendaient qu’ils s’élèvent contre cette politique erronée

Troisièmement, la politique occidentale a consisté à gérer la question palestinienne suivant deux lignes parallèles :

– l’une consistant à soutenir l’occupation sioniste

– l’autre à faire miroiter continuellement des projets de paix et de règlement dont les résultats ont été

* de favoriser l’expansion continue de l’occupation sioniste et l’aggravation inquiétante de sa nature et de ses orientations

* de voiler l’occupation par une succession de projets de paix sans arrêt et sans résultats.

Le moment est-il vraiment venu d’un règlement juste de la question palestinienne qui prendrait en considération les droits légitimes du peuple palestinien ?

Quatrièmement, nous craignons que la solution proposée de deux États recèle, dans son essence, la même politique de deux poids deux mesures et soit construite sur une tromperie sémantique : un État réellement existant, disposant de tous les attributs d’un État, armé jusqu’aux dents, appuyé par les États occidentaux, face à un État n’existant que sur le papier, dont l’existence repose sur le bon vouloir de l’État occupant, et qui serait soumis aux critères et aux concepts de celui-ci en matière de sécurité et de voisinage.

Cinquièmement, les initiatives de paix appuyées par les États-Unis exigent des organisations palestiniennes de renoncer à la résistance avant même la fin de l’occupation qui est, en elle-même, une guerre chronique.

Elles exigent aussi la reconnaissance par elles de l’État occupant alors qu’elles ne sont que des organisations que les États-Unis de plus qualifient de « terroristes ». Or le droit international est formel : ce sont les États qui reconnaissent les États.

Sixièmement, il est étrange de demander aux États arabes et musulmans de reconnaître Israël, alors que c’est un État dont on ne connaît ni les frontières ni la nature, et qui, de plus, occupe les terres palestiniennes et celles d’autres États membres des Nations unies.

Ne serait-il pas plus raisonnable et logique, dans le cadre de la solution de deux États, que soit d’abord établi l’État palestinien avec l’assentiment de son peuple, et qu’après la reconnaissance réciproque des deux États, vienne celle des pays arabes et musulmans.

Septièmement, le secteur de Gaza représente, dans les circonstances actuelles, le visage dramatique de la question palestinienne. L’établissement de la sécurité et de la paix au Moyen-Orient nécessiterait-il le blocus de Gaza, d’affamer et d’humilier ses habitants ?

Est-il concevable, à l’heure où prend fin Guantanamo en Amérique, qu’un autre Guantanamo soit créé aux dimensions de Gaza, et cela avec l’appui et la complicité même des États qui font annonce de la paix et y invitent ?

Avec notre respect, Monsieur le Président, et nos souhaits d’une paix juste et véritable dans notre région et le monde entier.

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