Horizons
     
Dimanche 14 août à 9:43

Abattoir du Ruisseau : Une hygiène minimale

La situation des abattoirs en Algérie n’est guère reluisante. Le Syndicat national des vétérinaires de l’administration publique (SNVFAP) sonne le tocsin : 80% de ces établissements, à l’échelle nationale, ne répondent pas, aujourd’hui, aux normes d’hygiène requises.

Toutefois, ce constat est loin de faire l’unanimité auprès des vétérinaires. Hocine Réda, responsable de l’inspection vétérinaire de l’abattoir du Ruisseau, sis rue des Fusillés, Hussein Dey soutient un tout autre avis. Celui-ci a expliqué que la salle d’abattage est conforme aux normes exigées, le système du rail qui sert à déplacer les carcasses est opérationnel, l’eau est disponible en quantités suffisantes.

Le site dispose, également, d’une aire de repos pour les animaux. Pour ce qui est du nettoyage, le vétérinaire fait savoir que celui-ci se fait deux fois par jour, alors que les déchets sont transportés quotidiennement par une équipe spécialisée appartenant à la société gérante de l’abattoir. Mais la présence de ces facteurs suffit-elle pour dire que le bâtiment répond parfaitement aux normes universelles ? Pas forcément ! Le même responsable remarque que le minimum des bonnes pratiques en matière d’hygiène existe pour le moment.

Même son de cloche chez le chef de l’unité d’abattage, Moussa Boudrouia. «Beaucoup reste à faire en termes de modernisation pour être au diapason de ce qui se fait de par le monde», observe-t-il. Quant aux bouchers, ils ne se plaignent pas trop. «Par rapport aux autres abattoirs, celui du Ruisseau est propre», affirme un boucher. Le site renferme 3 salles d’abattage de 3.250 m2, des écuries aménagées de 3.764 m2, d’une capacité de 600 bovins et de 5.000 ovins, un ensemble frigorifique, constitué d’un rez-de-chaussée et d’un étage de 1.068 m2 avec un volume de 4.127m3.

Sur les lieux, il est aisé de constater que les conditions d’abattage des ovins et bovins dans ces surfaces sont très en deçà des normes. Et pour cause, la méthode suivie pour le sacrifice de ces bêtes est archaïque. Les bêtes sont immolées une par une. Cela reflète clairement la vétusté de ces lieux qui datent en effet de l’époque coloniale. Le bâtiment a été construit en 1928. «Cela n’a pas bougé depuis l’aube des temps», estime ce boucher. En définitive, la situation ici ne connaît ni amélioration durable ni détérioration fatale. Qu’en est-il des principaux clients de l’abattoir ? Moussa Boudrouia annonce que les établissements scolaires, les universités, le Groupe Sonatrach, l’Assemblée populaire nationale (APN), le Sénat, la Présidence sans omettre bien sûr les bouchers et les particuliers s’y approvisionnent. Le cheptel, quant à lui, y provient des régions de l’Ouest et de l’Est du pays.

VENTE AU DÉTAIL, UNE PRATIQUE INCONCEVABLE…

Pour une anomalie, c’en est vraiment une : la vente au détail. «Ce genre de vente est inconcevable. La logique aurait voulu que les lieux ne soient fréquentés que par les bouchers, ce qui n’est pas le cas, malheureusement. Des étrangers circulent en toute liberté à l’intérieur», déplore un employé. Le chef de l’unité d’abattage, quant à lui, a son explication. Il précise que la pratique remonte aux années du terrorisme quand les consommateurs trouvaient, pour des raisons sécuritaires, en cet endroit un refuge, pour s’approvisionner en viande. Et depuis, la pratique est devenue un rituel. Aujourd’hui, il est des plus difficiles, voire impossible d’empêcher les gens d’y venir. L’autre grief, c’est l’absence d’une salle de vente digne de ce nom.

Celle qui y existe n’est plus fonctionnelle. C’est ainsi que les opérations de vente se font dans un endroit qui servait autrefois de quais d’embarquement de marchandise. «Cet état de fait, lance le responsable de l’inspection vétérinaire du bâtiment, aura comme désagrément le flétrissement du produit». Seul bémol : les prix pratiqués ici sont moins chers qu’au niveau des boucheries. A titre d’exemple, la viande bovine est affichée à 800 dinars le kilogramme alors que l’ovine est cédée à 950 dinars le kilogramme. Sauf que pour les chevillards, ces prix restent chers. Réplique du chef de l’unité abattage : «Ces bouchers achètent à des prix bien inférieurs par rapport à ceux affichés ailleurs». La qualité a également un prix. Il fera savoir qu’une carcasse de 15 kilogrammes est plus chère que celle de 25 kilogrammes du fait que la première a moins de graisse.

 

Qu'en pensez-vous ?